Argot turc : kanka, aynen, abi et quand les employer

Les mots d'argot turc que vous entendrez le plus sont kanka (kann-ka, « mon pote »), aynen (aï-nèn, « carrément », « exactement »), abi et abla (a-bi, a-bla, « grand frère » et « grande sœur ») et yok artık! (yok ar-tek, « sans blague ! »). Tous sont familiers, et certains sont réservés aux amis.
En turc, l'argot est surtout une question de registre, c'est-à-dire du degré de familiarité d'un mot. Abi passe très bien avec un commerçant ; kanka à votre supérieur est une gaffe, un peu comme appeler son chef « mon gars ». Certains mots, vous devez les comprendre sans jamais les dire vous-même : on y vient plus bas. Si des lettres comme ı et ş sont encore nouvelles pour vous, commencez par notre guide de l'alphabet turc et de la prononciation.
Comment lire nos transcriptions : toutes les lettres se prononcent et il n'y a pas de voyelles nasales. Le e sans accent note le ı turc, proche du e de « le » ; ou note le u turc.
L'argot turc courant, par registre
| Argot | Prononciation | Registre | Sens | Équivalent français |
|---|---|---|---|---|
| abi / abla | a-bi / a-bla | familier, respectueux | grand frère / grande sœur | « monsieur », « madame » chaleureux |
| hocam | ho-djam | familier, respectueux | « mon professeur » | « chef », « mon ami » poli |
| aynen | aï-nèn | familier | exactement, ouais | carrément, grave |
| valla | val-la | familier | franchement, je te jure | je te jure, wallah |
| vay be | vaï bé | familier | eh ben dis donc | ben ça alors |
| yok artık! | yok ar-tek | familier | pas possible ! | sans blague ! |
| hadi ya! | ha-di ya | familier | vraiment ? allez ! | sérieux ? |
| baya | ba-ya | familier | plutôt, vraiment (de bayağı) | pas mal, vachement |
| harbi | har-bi | argot | pour de vrai | pour de vrai, sérieux |
| efsane | èf-sa-né | argot | légendaire, génial | de ouf, énorme |
| kafa dengi | ka-fa dèn-gui | argot | quelqu'un sur la même longueur d'onde | quelqu'un avec qui on s'entend |
| kanka | kann-ka | argot, jeunes | pote, frère | frérot, mon pote |
| moruk | mo-rouk | argot, entre amis | le vieux | mon vieux |
| eyvallah | èy-val-lah | argot, plutôt masculin | merci, ça marche | ça marche, merci |
| kafayı yemek | ka-fa-ye yé-mèk | argot | devenir fou | péter les plombs |
Abi et abla sont les mots les plus utiles de cette liste. Abi est la forme parlée de ağabey (frère aîné), et le Güncel Türkçe Sözlük de la TDK lui consacre une entrée. On les emploie pour s'adresser à un inconnu un peu plus âgé que soi : le vendeur au marché, le chauffeur de bus, une femme dans une boutique. Le ton est à la fois amical et respectueux, ce que le français ne sait pas vraiment rendre en un mot.
Hocam fonctionne de la même façon. Littéralement « mon professeur », c'est une manière polie et chaleureuse d'interpeller quelqu'un dont on ignore le nom, surtout à l'université ou au bureau.
Valla vous dira peut-être quelque chose si vous connaissez l'argot des cités en France ou en Belgique, où « wallah » veut aussi dire « je te jure ». Les deux viennent de la même formule arabe. En turc, valla (forme orale de vallahi) est beaucoup plus banal et s'entend dans toutes les générations.
Quand employer chaque mot
Aynen, valla, vay be et yok artık passent dans presque toute conversation détendue. Vous pouvez les dire à des collègues, des voisins ou à votre belle-famille une fois la glace brisée. Ils sont familiers, pas grossiers.
Kanka, harbi et efsane sont pour les amis de votre âge. On explique généralement kanka comme une abréviation de kan kardeş, « frère de sang », et le mot est très répandu chez les adolescents et les jeunes adultes. Dans la bouche d'un apprenant, il sonne sympathique et un peu drôle. Avec quelqu'un de plus âgé ou de plus haut placé, il donne l'impression que vous avez mal lu la situation.
Moruk et eyvallah demandent plus de prudence. Moruk taquine quelqu'un sur son âge, il ne fonctionne donc qu'entre amis proches. Eyvallah est un merci familier que la TDK enregistre aussi au sens de « au revoir » et de « d'accord, j'accepte ». Il sonne masculin et populaire. Notre guide merci en turc donne les formules neutres.
Gardez l'argot hors de tout écrit et de toute démarche officielle. Dans un e-mail, à la banque, avec un propriétaire ou à un examen, employez le turc standard et le vouvoiement (siz). Notre guide turc parlé et turc écrit montre jusqu'où peut aller la langue familière.
Comment répondre à l'argot turc
À l'argot, on répond en général par de l'argot, et les mêmes petits échanges reviennent tout le temps.
| On vous dit | Vous répondez | Sens |
|---|---|---|
| Naber kanka? | İyi kanka, sen? | Quoi de neuf, mon pote ? / Ça va, et toi ? |
| Çok yoruldum ya. | Aynen, ben de. | Je suis crevé. / Grave, moi aussi. |
| Ali evleniyormuş! | Yok artık! / Hadi ya! | Ali se marie, paraît-il ! / Sans blague ! |
| Sağ ol abi. | Eyvallah. / Ne demek. | Merci. / Pas de quoi. |
| Harbi mi? | Harbi valla. | Pour de vrai ? / Pour de vrai, je te jure. |
Si vous ne deviez retenir qu'une réponse, ce serait aynen. Elle approuve tout ce qui vient d'être dit, et vous pouvez la renforcer en aynen öyle (« exactement ça »). Pour d'autres réponses du quotidien, voyez nos salutations en turc et bonjour en turc.

Les mots à éviter
Vous les entendrez partout, dans la rue comme dans les séries. Ne les imitez pas.
- Lan est un mot de remplissage, comme « mec » ou « gros » en français familier, et on l'entend sans arrêt entre copains. Avec n'importe qui d'autre, il paraît agressif ou vulgaire, et dans la bouche d'un étranger il peut déclencher une dispute. Comprenez-le, ne l'employez pas.
- Oha veut dire « oh là ! ». Ça passe entre jeunes, mais c'est impoli devant des personnes âgées.
- Kıl (littéralement « poil ») désigne une personne agaçante. C'est une insulte, légère mais réelle.
- Les malédictions comme Allah belanı versin (« que Dieu te donne des ennuis ») sont graves, même quand on les crie dans les embouteillages.
- Les gros mots. La plupart des jurons turcs insultent la mère, la sœur ou l'honneur de la famille. Ils sont bien plus forts qu'un apprenant ne l'imagine, et en dire un, même pour rire, peut briser une amitié. Nous ne les citons pas ici. Si vous entendez un mot inconnu prononcé avec colère, ne le répétez pas : demandez discrètement à un ami turc ou à votre professeure.
En cas de doute, comprenez tout et n'employez que les mots doux. On pardonne volontiers à un apprenant d'être trop poli, beaucoup moins un juron mal placé.
Conseils de prononciation pour francophones
- Pas de nasales. Kanka se dit kann-ka, avec un vrai n, et non « kan-ka » comme « camp » ; aynen finit par -nèn, pas par le son de « main ».
- Le ı de artık et kafayı est une voyelle brève, proche du e de « le ». Si vous dites « i », vous aurez l'air étranger.
- Les consonnes doubles se tiennent. Valla et eyvallah ont un l long, comme dans « il l'a ».
- Le ay de aynen et vay se dit « aï », comme dans « aïe ».
- Le c se dit « dj » : hocam est ho-djam. Et le h s'entend toujours, dans hocam comme dans hadi.
- L'accent tombe souvent en fin de mot, comme en français : kanKA, efsaNE. Dans yok artık!, toute la phrase monte sous l'effet de la surprise.
Les erreurs fréquentes
- Appeler une personne âgée kanka. Dites plutôt abi, abla ou hocam.
- Placer lan pour avoir l'air fluide. C'est le moyen le plus rapide de paraître grossier.
- Écrire de l'argot dans un message formel. Aynen dans un e-mail professionnel paraît négligé.
- Mélanger abi et siz maladroitement. Cela fonctionne (Abi, kaç lira?), mais avec un fonctionnaire ou une personne âgée, beyefendi (monsieur) et hanımefendi (madame) sont plus sûrs.
- Prendre kafayı yemek au pied de la lettre. Littéralement « manger la tête », l'expression veut dire perdre la boule sous le stress, comme « péter les plombs ». La TDK la définit comme un effondrement dû à l'épuisement.
Deux petits dialogues
Au marché :
- Vous : Abi, domatesin kilosu kaç?
- Le vendeur : Kırk lira abla, çok taze.
- Vous : Valla güzel görünüyor. Bir kilo alayım.
(« Combien le kilo de tomates ? » « Quarante livres, madame, elles sont très fraîches. » « Franchement, elles ont l'air bonnes. J'en prends un kilo. ») Au marché, les prix fusent : notre guide chiffres, heure et prix en turc vous aide à les saisir.
Entre amis :
- Emre : Kanka, sınavı geçtim!
- Vous : Yok artık! Harbi mi?
- Emre : Harbi valla. Akşam kutlayalım mı?
- Vous : Aynen, efsane olur.
(« Frérot, j'ai eu mon examen ! » « Sans blague ! Pour de vrai ? » « Pour de vrai, je te jure. On fête ça ce soir ? » « Carrément, ça va être énorme. »)
Les aînés, eux, préfèrent les dictons : notre guide des proverbes et expressions turcs réunit les plus courants. Pour le vocabulaire de base, voyez nos 100 mots turcs courants.
Questions fréquentes
Que veut dire kanka en turc ?
Kanka veut dire « mon pote » ou « frérot ». C'est de l'argot entre amis, surtout chez les jeunes, et il s'emploie pour les hommes comme pour les femmes.
Abi, c'est de l'argot ?
Abi est la forme parlée courante de ağabey, « frère aîné », et il figure dans le dictionnaire de la TDK. L'employer avec des inconnus est familier mais poli.
Que veut dire aynen ?
Aynen veut dire « exactement » ou « carrément ». C'est la façon la plus courante d'approuver dans la conversation familière.
Lan, c'est un gros mot ?
Ce n'est pas un juron, mais c'est rude. Entre amis proches, surtout entre hommes, c'est normal. Ailleurs, il peut paraître agressif, et un apprenant a tout intérêt à l'éviter.
Un dictionnaire ne vous dira pas si un mot passe avec votre beau-frère ou seulement avec vos amis. Une professeure native, si. Réservez un cours d'essai gratuit de 20 à 30 minutes avec Ceylan et apportez vos mots entendus dans la rue ; si vous ne connaissez pas encore votre niveau, faites d'abord le test gratuit.





